Chaire UNESCO pour la Culture de la Paix

                                      ILENA

Université Félix Houphouët-Boigny

UFR Langues, Littératures et Civilisations

Argumentaire colloque

Dans la dynamique des relations humaines, les migrations et les rencontres ont permis le constat et l’évaluation de la diversité. D’abord considérée comme une fatalité handicapante (peut-être aurait-on préféré de nouvelles terres vierges de vie humaine ?) par les cultures conquérantes, la diversité sera exploitée pour dominer la différence. Au niveau analytique, elle résonne comme une véritable différance, au sens derridien… La rencontre des mondes,  des civilisations connaitra un destin mercantile  entre esclavage, colonisation, crimes légitimés et martyrs civilisationnels. Ensuite, la diversité semble avoir revêtu le manteau de l’acceptation de l’Autre et imposé l’obligation du vivre ensemble. Elle semble ainsi revenir d’une conscience traumatique qui oscille entre souvenirs de damnés et remords et/ou indifférence de dominateurs. Souci d’un vivre en symbiose et en équité relationnelle, les cultures en présence se tolèrent et jouent le jeu  de l’humanité partagée. La diversité ne nie donc pas des tensions internes entre évolution sémantico-pragmatique et nécessité de régulation sociétale.

Historiquement, la diversité a d’abord été une interrogation sur l’absurdité supposée de l’altérité. Elle a donc pu être le point de départ des oppositions en tout genre fondées sur l’étonnement. Elle est ensuite apparue comme une acceptation de la différence, expression d’un monde de différance. L’étranger n’est plus considéré comme étrange, tout humain est potentiellement étranger à l’autre. C’est donc l’essence étrangère de l’humain, à lui-même et aux autres, qui va engendrer la relativisation globale de la diversité pour, d’une part, en faciliter les acceptions et de l’autre, en faire une philosophie centrale de la gestion des relations interpersonnelles et inter-civilisationnelles. L’échelle du temps de la connaissance du soi culturel a progressé avec l’extension graduelle de la reconnaissance des différentes formes de vies. La faune et la flore par exemple trouveront grâce aux yeux de l’homme, après que ce dernier a fait son propre examen. Invariablement, notre communauté humaine s’accepte comme village planétaire là où naguère on opposait sauvages et civilisés, indigènes et colons. Aujourd’hui on parle de la diversité humaine comme richesse culturelle tout comme on prône la biodiversité qui valide l’importance du vivre-ensemble. De la sorte, la communauté de destin contraint au progrès pour la pérennisation des espèces et la poursuite de la vie sur terre.

Le développement acquis comme progrès d’abord dans l’acception positive de la diversité puis dans le cadrage conceptuel et épistémologique d’une philosophie et d’une politique de la diversité, et enfin comme une sociologie active de la pensée actuelle est une réelle avancée dans la construction de la cohésion humaine. On assiste à une démultiplication de la volonté « diverselle » dont l’avènement cybernétique par sa métaphore et sa matérialité reste  la référence majeure. La fusion des espaces réel et virtuel, la connexion des individus dans le maillage communicationnel, les embranchements multiples de nos relations créent la métaphore de « l’humanité multiprise ».

En définitive, le présent colloque voudrait interroger la diversité de nos diversités (Dervin, 2001), l’envisager dans ses facettes multiples et protéiformes pour en saisir les enjeux dans la quête du développement.